SAISON 7 : 1945, L’EPILOGUE

 

ÉPISODE 68

 

 

Relevé de dialogues

 

SUR LA GRÈVE

 

Scénario & dialogues

par

Frédéric KRIVINE

Consultant

Jean-Pierre Azéma

 

Développement en atelier des intrigues

Marie Roussin

Brigitte Bémol

Emmanuel Salinger

Hugues Girard

 

10 : 00 : 03                                       BLACK

Bonjour Madame.

 

KHADIJA

Bonjour.

 

10 : 00 : 07                                       Incrustation : octobre 2000

 

BLACK

Euh… Je … je voudrais dix francs s’il vous plaît.

 

KHADIJA

Ah ! Mais non…mais non, vous ne pouvez pas retirer d’argent ici monsieur !

 

BLACK

Mais… mais j’ai… j’ai ma carte.

 

KHADIJA

Oui, non mais ça, c’est votre de carte de sécurité sociale ! Ça, c’est pour le médecin, les hôpitaux, les pharmacies.

Personne suivante !

 

BLACK

Mais j’ai besoin de dix francs…

 

KHADIJA

Oh, monsieur…

 

BLACK

…pour les courses madame !

 

BLACK

Je comprends pas… je comprends pas… j’avais juste besoin de dix francs madame…

Je suis venu à l’ouverture, j’ai fait la queue, depuis ce matin, madame…

 

10 : 00 : 37                                       ANTOINE

Tenez… Monsieur… Tenez !

 

BLACK

Vous bossez à la Sécu ?

 

ANTOINE

Non. J’ai contribué à la créer.

 

BLACK

Merci…!

10 : 00 : 50                                       FEMME

Non attendez, je ne comprends pas, moi j’ai le numéro 642 ! Je passe quand, moi ?

 

KHADIJA

Oui mais la machine est bloquée, madame !

 

KHADIJA
Monsieur ?

 

ANTOINE

Mais pourquoi vous appuyez sur le bouton, si ça ne marche pas ?

 

KHADIJA

C’est pour les statistiques. Que puis-je faire pour vous ?

 

ANTOINE

Je m’appelle Antoine Martin. Je viens à propos de ma femme, Geneviève. Elle est en longue maladie, prise en charge à 100%…

 

KHADIJA

Longue maladie, c’est à dire ?

 

ANTOINE

Alzheimer.

 

KHADIJA

Et donc ?

 

ANTOINE

Elle ne touche plus ses droits depuis trois mois. Je vous ai écrit. J’ai téléphoné… Mais, rien !

 

10 : 01 : 37                                      KHADIJA

Vous avez sa carte Vitale?

 

ANTOINE

Elle l’a égarée.

 

KHADIJA

Ah mais c’est embêtant, ça, monsieur !

 

ANTOINE

Je vous dis qu’elle est Alzheimer.

 

KHADIJA

Et alors ?

10 : 01 : 48                                       ANTOINE

Alors, elle perd tout !

 

KHADIJA

Oui mais si elle perd tout, elle est sous tutelle, non ?

 

ANTOINE

Sa tutrice est notre fille aînée, qui est à l’étranger pour l’instant.

 

KHADIJA

Moi sans sa carte, je ne peux rien faire !

 

ANTOINE

J’ai… j’ai ses relevés, son… son numéro…

 

KHADIJA

Mais pour vérifier et agir sur ses droits, il me faut sa carte, hein !

 

ANTOINE

Vous pourriez faire un effort ?

 

KHADIJA

Non, je ne peux pas changer le système informatique de la sécurité sociale, monsieur ! Écoutez, retrouvez sa carte ! Ou refaites-en une !

 

ANTOINE

Je… je vous ai dit que… que sa tutrice est à l’étranger !

 

BLACK

Prenez la mienne?

 

ANTOINE

Ah ! Non, merci monsieur ! Écoutez, avec l’Alzheimer, pour la maintenir à la maison, les frais sont très lourds. Je ne peux plus les avancer ! Je vais être à découvert !

 

10 : 02 : 40                                      KHADIJA

Oui mais moi sans sa carte, je ne peux rien faire monsieur ! Personne suivante !

 

ANTOINE

Attendez ! On s’est battu pour créer la Sécurité sociale ! Vous savez combien de gens sont morts pour ça ?

 

FEMME

On s’en fiche, de votre histoire, monsieur ! Moi je suis pressée, j’ai rendez-vous pour ma dialyse !

10 : 02 : 56                                       ANTOINE

La sécurité sociale, c’est… c’est l’esprit de solidarité ! La protection de tous ! Vous devriez être fière de travailler ici !

 

KHADIJA

Mais qui vous dit que je ne le suis pas monsieur ?

Madame…?

 

ANTOINE

Attendez ! Vous… vous n’avez même pas regardé son dossier !

 

KHADIJA

Ça sert à rien sans la carte Vitale.

 

ANTOINE

Mais vous pourriez…

 

LA FEMME

Écoutez, ça fait deux fois que vous me demandez mes fiches de paye, je les ai déjà envoyées.

 

KHADIJA

Ça va, monsieur ?

 

ANTOINE

Oui.

 

LA FEMME

Est-ce que vous entendez ce que je vous dis ?

 

10 : 03 : 21                                       KHADIJA

Monsieur !

 

LA FEMME

Qu’est ce qui y a …

Monsieur…

 

                                                         KHADIJA
Gaëlle, appelle le SAMU !

 

LA FEMME

Monsieur, monsieur…

Ça va…

Qu’est ce qui y a…

 

KHADIJA

Ça va aller, monsieur, le SAMU va arriver !

10 : 03 : 28                                       BLACK

Il faut… il faut défaire son col.

 

LA FEMME

Vous croyez que je peux lui faire respirer de la lavande ?

 

UNE VOIX AU TÉLÉPHONE

Ici le centre de sécurité sociale à Villeneuve. Dans le 39.

 

KHADIJA

Vous m’entendez monsieur ?

 

UNE VOIX AU TÉLÉPHONE

Vous dire qu’on a eu un malaise. Vous pouvez venir très vite. Merci.

 

ANTOINE

Geneviève…

 

ANTOINE

Pierre va perdre sa main gauche. Le bras, euh… le chirurgien espère pouvoir le sauver… Mais, euh… il sera sûrement paralysé.

 

ANSELME

Vous comptez faire quoi ?

 

HUBERT

On va essayer d’avoir deux autres boches, grâce au père de Madame de Cantillon.

 

ANSELME

Je ne te parle pas de ça, Hubert ! Vous allez faire quoi pour Pierre ?

 

10 : 04 : 52                                      ANTOINE

Raymond va… va verser à sa femme une indemnité, en complément de l’assurance employeur.

 

AMELIE

Combien ?


ANTOINE
On sait pas. Ça dépend de comment la Nouvelle Sécurité sociale prendra en charge les accidents du travail… Et c’est encore en discussion au gouvernement, alors !

 

SUZANNE

Et qu’est-ce que vous comptez faire pour améliorer les conditions de sécurité ici ?

10 : 05 : 09                                       HUBERT

Ça n’a rien à voir avec ce qui est arrivé à Pierre !

 

AMELIE

Ça a tout à voir ! Les gars sont surmenés, et nous, c’est pareil !

 

ANSELME

Ce qui est arrivé à Pierre peut arriver à n’importe lequel d’entre nous !

 

ANTOINE

Non pas si vous mettez la sécurité au moment de la découpe !

 

ANSELME

On l’a enlevée à cause d’Hubert !!

 

HUBERT

J’ai jamais demandé d’enlever la sécurité !

 

ANSELME

Non ! T’es venu nous casser les burnes avec la productivité ! On fait comment pour l’augmenter ?

 

SUZANNE

La mise en danger, elle vient de la pression de la direction, pas de nous !

 

ANTOINE

Écoutez, ça vient d’arriver… On n’a pas encore toutes les solutions. Mais on va les trouver, et euh… on vous proposera des choses !

 

10 : 05 : 43                                       HUBERT

En attendant, il faut que le travail reprenne.

 

LES OUVRIERS

Non…Hé…

 

ANSELME

Je crois qu’on va faire une petite réunion d’équipe !

 

LES OUVRIERS

Ouais. Ouais.

 

HUBERT

Alors je vous préviens, ça veut dire retenue sur salaire !

 

SUZANNE

Dis ! Non mais t’as rien compris !

10 : 05 : 55                                       ANSELME

Bon, alors ça sera une Assemblée générale !
ANTOINE
Non non ! Attendez attendez ! Non, c’est pas comme ça qu’on va… Faites votre réunion… Pas de retenue sur salaire… et euh… on fait le point demain, d’accord ?

 

UN OUVRIER

D’accord.

 

ANTOINE

Allez, viens Hubert !

 

HORTENSE

Daniel ! Il lit dans mes pensées.

 

DANIEL

Elle est bonne la soupe, mon chéri ?

 

TEQUIERO

Oui.

 

DANIEL

Ça doit le changer de la cuisine de Tante Marthe !

 

HORTENSE

Tu as entendu ce que je viens de dire ?

 

DANIEL

Tu sais qu’il mange encore des rutabagas presque tous les jours chez Marthe !

 

TEQUIERO

Dimanche, y a du gâteau, chez Tata Marthe…

 

10 : 07 : 17                                       HORTENSE

Tu sais que Sarah me l’avait dit !?

 

DANIEL

Quoi Sarah ?

 

HORTENSE

Oui ! « Ce gosse, il lit dans mes pensées ». Elle me l’a dit cinq ou six fois au moins !

 

DANIEL

Arrête.

Arrête, pas maintenant.

Alors il est bon, le gâteau du dimanche, chez Tante Marthe ?

10 : 07 : 48                                       TEQUIERO

Non… L’est pas bon !

 

DANIEL

Eh bien ici, y a un bon gâteau, après la soupe et la salade. Mais il faudra manger la salade !

 

HORTENSE

Je vais dans ma chambre.

 

DANIEL

C’est rien mon chéri.

 

TEQUIERO

Elle aime pas la soupe, Mamortense ?

 

DANIEL

Voilà ! Tout a commencé ici. Ma voiture était là… Les militaires ici, leur camion, là… Ta… ta mère était à… à l’arrière dans ma voiture.

Elle avait perdu beaucoup de sang, il lui fallait une transfusion. Les militaires ont promis de l’emmener…

 

TEQUIERO

Et ils l’ont emmenée ?

 

DANIEL

Oh ! Je pense pas non. Quand je l’ai revue à l’église… quelques jours après, elle était morte. Je crois pas qu’elle ait jamais été transfusée.

Probablement pas.

 

TEQUIERO

Pourquoi tu… tu l’as pas amenée toi-même ?

 

10 : 10 : 06                                       DANIEL

Parce que Hortense m’attendait à Villeneuve, qui était bombardée par les Allemands. Et crois-moi, j’étais pressé de rentrer, hein !

 

TEQUIERO

Et… moi ? Moi, je… j’étais où ?

 

DANIEL

Toi… Toi, t’étais… à l’arrière de la voiture, emmitouflé dans des couvertures. Une bleue avec des rayures et une rouge. On les a gardées.

Je t’ai emmené aux soldats, ici, pour qu’ils te prennent avec ta mère. Mais le sergent a refusé. Il a dit que si la femme mourait, il ne saurait pas quoi faire du bébé.

10 : 11 : 08                                       DANIEL
Hortense ne pouvait pas avoir d’enfant. Je ne sais pas ce   que j’ai pensé, j’ai… j’ai pas réfléchi. Je t’ai emmené       à la maison.

 

DANIEL
C’est drôle… Ce jour-là, aussi, le ciel grondait. Mais c’était des bombardements…

 

TEQUIERO

Tu crois qu’elle a pu mourir sur ce pont ?

 

DANIEL

Non non non, je pense pas. Quand je l’ai amenée aux militaires, elle était consciente !

 

TEQUIERO

Elle était belle ?

 

DANIEL

Oui. Je crois qu’elle était belle.

 

TEQUIERO

Elle était… douce ?

 

DANIEL

Tu sais, je ne l’ai pas beaucoup connue. Oui… je crois qu’elle était douce.

 

TEQUIERO

Tu sais comment elle s’appelait ?

 

DANIEL

Carlotta.

 

10 : 13 : 01                                       TEQUIERO

Et c’est elle qui m’a dit : « Te Quiero », c’est ça ?

 

DANIEL

Quand je t’ai sorti d’elle… « Te Quiero »… Moi j’ai cru que c’était le nom qu’elle te donnait.

 

TEQUIERO

J’aurais vraiment voulu la connaître…

 

LUCIENNE

Mon père ? J’ai plus de Chauvor. Vous en auriez au presbytère ?

 

 

10 : 13 : 41                                       LE CURÉ

Vous êtes sûre qu’il n’y en a plus ?

 

LUCIENNE

Oui, regardez…

 

LE CURÉ

Mais faites attention, c’est très toxique, le Chauvor.

 

LUCIENNE

Ah, bon…

 

LE CURÉ

Essuyez-vous les mains.

 

LUCIENNE

Je savais pas…

 

LE CURÉ

J’ai même lu dans le journal d’hier qu’une lavandière de Besançon avait empoisonné son mari avec. Vous vous rendez compte ?

 

LUCIENNE

C’est horrible !

 

LE CURÉ

Chaque jour, elle versait un peu de Chauvor dans la soupe… Comme ça n’a aucun goût !… Tuer son mari de cette façon, après les années qu’on vient de vivre ! C’est … ouais … Les mystères de l’âme humaine !

Je vais vous en chercher !

 

10 : 14 : 24                                       ANSELME

Oh ! La grève ! La grève ! Y a que ça,  pour faire bouger les choses ! Voilà !

 

DES VOIX 

C’est pas possible. On peut discuter. On a besoin.
                                                         LUCIE

Moi, la retenue de salaire, j’peux pas… Enfin, un jour, mais pas plus, quoi !

 

OUVRIER 1

Moi non plus… J’ai six bouches à nourrir. Même un jour, j’peux pas.

 

 

10 : 14 : 40                                       AMELIE

Bon et de toute façon, même si on fait grève, il faut d’abord faire une demande de conciliation à la direction…

 

ANSELME

Première nouvelle !

 

SUZANNE

Ben oui ! C’est la loi de décembre 36 !

 

ANSELME

Quand on fait une grève justifiée euh… on s’en branle des lois !

 

OUVRIER 2

Eh ! Eh ! C’est du fric, qu’on veut, hein ! Pas des lois !

 

OUVRIER 3

Ouais moi, je ne suis pas du tout d’accord là, hein !

 

OUVRIER 2

Comment ça, t’es pas d’accord !

 

SUZANNE

Attendez, s’il vous plaît ! Oh ! S’il vous plaît ! On s’entend plus là !

 

AMELIE

Bon, on a le droit de grève, mais on a aussi des devoirs ! Établir nos revendications, les soumettre à la direction, et si elle refuse, alors là, oui ! On peut faire grève !

 

10 : 15 : 12                                       ANSELME

Ouais ! Pierre, il est estropié à vie, parce que la mère Chassagne, elle fait ses trafics avec les Amerloques ! On est exploité comme des bêtes de somme, on l’a dit, on l’a redit, et les tauliers ils font rien !

 

AMELIE
Je suis d’accord, je suis d’accord…

 

ANSELME
Donc on fait grève, c’est tout !

 

                                                         OUVRIÈRE 4

Moi, j’suis d’accord !

 

AMELIE

Si on veut gagner, il faut qu’on ait le droit pour nous !

10 : 15 : 29                                       ANSELME

Le droit est un rapport de force, Amélie ! Dans un conflit, quand on gagne c’est parce qu’on est fort ! Tu crois qu’on a fichu les Chleus dehors en respectant les lois ? Voyons !

 

LUCIE

Oui mais c’est pas pareil, on était en guerre…

ANSELME

Je mets la grève immédiate et illimitée aux voix de l’Assemblée générale.

 

SUZANNE

Bon ! Qui est pour ?

 

AMELIE

D’accord.

 

DES VOIX D’OUVRIERS

On fait la grève. On fait la grève.

 

LANZAC

Franchement, ça tombe très très mal ! Un candidat à la mairie dont l’usine est en grève !

 

RAYMOND

C’est quand même pas de notre faute !

 

LANZAC

Non c’est pas de votre faute, mais chez un patron qui tient bien sa boîte, y a pas de grève !

 

LANZAC

C’est vous qui m’avez vendu Raymond comme le candidat « idéal » ! Alors il faut livrer, maintenant ! Si vous me faites capoter l’élection de Villeneuve, les oreilles de votre père vont siffler, à Paris !

 

10 : 16 : 11                                       JEANNINE

Qui sont les meneurs, Antoine ?

 

ANTOINE

Désolé, je ne suis plus dans la police !

 

RAYMOND

Oui mais t’es notre employé !

 

ANTOINE

Pas votre indic !

10 : 16 : 17                                       HUBERT

Les meneurs, c’est Anselme… Suzanne Richard… et ma femme.

 

JEANNINE

Bon ! Vous, vous parlez à votre femme et on vire les deux autres ?!

 

LANZAC

Attendez, attendez… Suzanne Richard… c’est une résistante ça ?

 

ANTOINE

La première sur Villeneuve… 11 novembre 1940 !

 

LANZAC

Et ben alors vous la virez pas !

 

JEANNINE

On va pas passer notre vie à distribuer des bons et des mauvais points sur ce que les gens ont fait pendant l’Occupation !

 

LANZAC

Notre vie, et celle d’après, chère madame !

 

RAYMOND

Ça légalement, on ne peut pas les virer, alors !

 

JEANNINE

Légalement, ils devaient nous donner un préavis de grève, que je sache !

 

RAYMOND

Qu’est-ce qu’ils veulent ?

 

10 : 16 : 52                                       ANTOINE

Du fric.

 

JEANINE

Mmm !

 

ANTOINE
De la considération. De meilleures conditions de travail…

 

HUBERT

Des embauches…

 

JEANNINE

Ils croient au Père Noël, quoi !

10 : 17 : 01                                       LANZAC

Ah bon ! Et pourquoi, pas vous ?

 

JEANNINE

Plus depuis la guerre !

 

LANZAC

Et bien vous avez tord, parce que pour gagner une élection, il faut y croire, au Père Noël ! Et surtout faire en sorte que les autres y croient !

 

LANZAC

Bon ! Euh… Vous leurs lâchez quelque chose, pour que le travail reprenne avant dimanche. Et il faut que tout le monde sache que Raymond Schwartz est un bon patron, humain et généreux.

 

JEANNINE

Bon, je vous raccompagne…

 

LANZAC

Non non non, laissez, je connais le chemin ! Je compte sur vous dès demain !

 

JEANNINE

Pourquoi on ne demande pas à De Kervern et Loriot d’envoyer les CRS ?

 

RAYMOND

Les CRS ? Non mais t’y penses pas Jeannine, des CRS !

 

JEANNINE

Mais pourquoi pas ??

 

10 : 17 : 36                                       RAYMOND

Parce que je ne suis pas un bourgeois de Vichy, voilà pourquoi…

 

JEANNINE

Les bourgeois de Vichy sont presque tous devenus les bourgeois de la Résistance, Raymond ! Toi le premier ! Non, ce qui compte, c’est de ne pas laisser les Bolchéviques faire la loi à Villeneuve !

 

EDMOND

Une grève ? Il n’est pas question de faire grève en ce moment !

 

 

10 : 17 : 52                                       SUZANNE

Il en est plus que question. La grève a été votée à une large majorité ! On contacte maintenant les bûcherons, les carrières, le transport…

 

EDMOND

Mais enfin Suzanne ! T’as pas le temps de lire l’Huma, ou quoi ?

 

SUZANNE

Je la lisais quand elle était clandestine !

 

EDMOND

La ligne définie par Thorez est claire ! Le devoir de classe des travailleurs, c’est produire, produire, et produire. Les grévistes, les absentéistes, les tire-au-flanc, sont des saboteurs ou d’anciens collabos !

 

SUZANNE

Enfin mais c’est n’importe quoi !

 

EDMOND

C’est la ligne, bordel ! Notre parti est au premier rang pour la reconstruction de la France. Marcel Paul est ministre de la production industrielle ! Il est exclu de faire grève en ce moment !

 

SUZANNE

Edmond ! Les travailleurs de la scierie ont voté !

 

EDMOND

Ben, il faut qu’ils revotent !

 

SUZANNE

Mais je ne vois pas comment ! Les cadences sont infernales, les salaires trop bas ! En plus, on vient de se taper un accident du travail sanglant !

 

10 : 18 : 35                                       EDMOND

Suzanne ! Si la grève éclate, le parti devra la désavouer ! Tu devras la désavouer !

 

SUZANNE

Enfin… Pour ton élection, c’est excellent, non ?

 

EDMOND

J’en sais rien ! Mais l’élection municipale de Villeneuve passe loin derrière la ligne du Parti au plan national. Thorez et Duclos ont désavoué toutes les grèves depuis la Libération ! Point à la ligne !

10 : 19 : 02                                       SUZANNE

Bon, et Gustave, Leonor, ça se passe bien ?

 

EDMOND

Oui, ils sont à la Fédé, maintenant, ils nous aident pour les élections!

 

SUZANNE

Dans le centre ville ?

 

EDMOND

Oui, pourquoi ?

 

SUZANNE

Pour rien… Je m’intéresse… C’est ma fille, quand même !

 

EDMOND

Bon, change pas de conversation, il faut bloquer cette grève !

SUZANNE

Impossible ! Si je dis aux salariés que le parti est contre, ils se détourneront du parti, et de moi.

 

EDMOND

T’es sûre de toi ?

 

SUZANNE

Absolument. Ils en ont marre, ils veulent en découdre.

 

EDMOND

Bon… quand on n’arrive pas à stopper un mouvement, on le suit et on en prend la direction. Officiellement, le parti condamnera la grève. Officieusement, ça va peut-être nous permettre de torpiller Schwartz pour de bon !

 

10 : 20 : 25                                       LANZAC

Vous, ici ? Quelle surprise !

 

LUCIENNE

J’aide le curé pour la fête de Noël.

 

LANZAC

Ah, voilà qui est noble. Et, vous en avez pour longtemps ?

 

LUCIENNE

Oh oui ! Vous savez je suis sur cette statue depuis des jours…

10 : 20 : 41                                       LANZAC

C’est admirable ! Mais euh… vous prenez bien quelques fois… des petites pauses ? Non ? Non, parce que je pourrais vous offrir un vin chaud à la cannelle. Rapidement, naturellement, mais… le vin chaud, c’est très bon quand on a besoin de faire des efforts physiques !

Non parce que… en fait je… j’aurais besoin d’un service, pour mon petit neveu. Son père veut qu’il intègre le lycée de Villeneuve, en seconde, mais il n’a pas pu passer son brevet, à cause des événements.

 

LUCIENNE

Ça devrait pas poser de problèmes… Faut juste voir ça avec mon mari.

 

LANZAC

Ah oui ! Non, non, je ne veux pas le déranger pour ça. Non j’en profitais parce que… nous nous sommes croisés par hasard.

Je venais brûler un cierge à la mémoire de deux de mes camarades, tués au combat.

 

LUCIENNE

C’est drôle. Je ne vous imaginais pas croyant.

 

LANZAC

D’ailleurs je ne le suis pas beaucoup. Mais eux l’étaient ! Et s’ils sont là-haut maintenant.

Par ce froid, je me dois de les réchauffer un peu.

D’ailleurs, votre mari les connaissait…

 

                                                         LUCIENNE

Ah bon ?!

 

LANZAC
Oui, on était ensemble quand ils ont été tués…

 

LUCIENNE

A Lyon ?

 

10 : 22 : 05                                       LANZAC

Exactement ! Mais comment le savez-vous ?

 

LUCIENNE

Jules m’a raconté. Comme c’est la fois où il a tué un Allemand.

 

                                                         LANZAC

Ah non, mais là vous devez confondre. Il n’a pas tué un Allemand ce jour-là. On a juste couru à toutes jambes, en laissant derrière nous Robert et Mathieu.

10 : 22 : 23                                       LUCIENNE

Mais c’était à Lyon en novembre 43 ?

 

LANZAC

Oui ! Oh oui ! Le 27 ! Il y a des dates qu’on n’oublie pas !

 

LUCIENNE

Vous avez échappé à une autre arrestation, en compagnie de mon mari ?

 

LANZAC

Mais Grands dieux, non ! Mais pourquoi toutes ces questions ? Sous l’Occupation, je me serais méfié de vous !

 

LUCIENNE

C’est juste que je… je m’intéresse à son activité de résistance. C’est normal.

 

LANZAC

Bien sûr. Et votre mari est un héros, sachez-le !

 

LUCIENNE

Oui …

 

LANZAC

Bon alors pour le… le vin chaud, c’est… ?

 

LUCIENNE

Une autre fois. J’ai beaucoup de travail avant Noël.

 

LANZAC

Oui bien sûr… Une autre fois… Peut être !

 

RACHEL

Le docteur Larcher, s’il vous plaît.

 

HORTENSE

Si c’est pour une consultation, il n’est pas là.

 

10 : 24 : 40                                       RACHEL

Il reviendra quand ?

 

HORTENSE

Je sais pas, ce soir, au mieux.

 

RACHEL

Ce soir… Je peux pas attendre ce soir.


HORTENSE
Bon si c’est pour une urgence, il y a le docteur Moret ou alors l’hôpital.

10 : 24 : 50                                       RACHEL

C’est pas médical. Vous êtes sa femme ?

 

HORTENSE

Oui.

 

RACHEL

C’est une femme qui m’envoie. Sarah. Sarah Meyer. Ça vous dit quelque chose ?

 

HORTENSE

Bien sûr ! Je l’ai très bien connue ! Comment va-t-elle ?

RACHEL

Elle est morte. Dans mes bras.

 

HORTENSE

Je vous en prie, rentrez cinq minutes.

Excusez-moi, je ne m’y attendais tellement pas !

Euh… Vous… vous voulez boire ou manger quelque chose ?

 

RACHEL

J’ai pas le temps. Je suis pressée, j’ai un train pour Marseille, tout à l’heure. J’ai été déportée à Birkenau en octobre 44. C’est… c’est là que j’ai connu Sarah.

 

HORTENSE

Vous étiez amies ?

 

RACHEL

Elle dormait au-dessus de moi, dans le baraquement. Elle m’a parlé plusieurs fois de votre mari. C’était… un bon patron, si j’ai bien compris.

 

10 : 26 : 02                                       HORTENSE

C’était sa maîtresse ! Je vous mets à l’aise, j’étais au courant, y a aucun problème…

Elle est morte quand ?

 

RACHEL

Trois jours après la libération du camp, à la fin janvier. C’est comme si… elle avait attendu d’être libre pour mourir. Elle a eu le typhus, beaucoup de déportés en sont morts à la fin.

 

HORTENSE

C’est terrible…

 

 

10 : 26 : 27                                       RACHEL

Je l’ai veillée les deux derniers jours. Un peu avant de sombrer dans le coma elle m’a demandé de lui promettre d’aller voir le docteur Larcher, à Villeneuve, en France… si jamais j’allais là-bas. Pour… lui raconter ses derniers moments, lui dire qu’elle avait beaucoup pensé à lui. Je crois qu’elle… elle l’a aimé vraiment.

 

HORTENSE

Oui ! Oui, je crois.

 

RACHEL

Je ne suis pas sûre qu’il l’ait beaucoup aimée, lui.

 

HORTENSE

Ça, j’en sais rien !

 

RACHEL

Bon, j’ai tenu ma promesse. Vous raconterez à votre mari, n’est-ce pas ?

 

HORTENSE

Oui ! Vous pouvez compter sur moi.

Vous voulez vraiment pas manger quelque chose avant de partir ?

 

RACHEL

Je n’ai pas faim.

 

GENEVIEVE

Comment ça se passe ?

 

ANTOINE

Mal. Les ouvriers refusent de négocier avant le second tour. Et la mère Chassagne parle d’envoyer les CRS.

 

10 : 28 : 02                                       GENEVIEVE

S’ils bloquent la scierie, il faudra bien, non ?

 

ANTOINE

Merci.
Tu mets de la mélasse, maintenant ?

 

GENEVIEVE

C’est meilleur, non ?

 

ANTOINE

Non, euh… c’est bien d’en mettre.

 

GENEVIEVE

Il y a un colonel américain qui est venu me voir, cet après-midi.

10 : 28 : 34                                       ANTOINE

Ah bon ?

 

GENEVIEVE

Les trois… les trois soldats qui m’ont agressée, ont finalement été jugés. Il y en a un qui a été condamné à mort.

 

ANTOINE

À mort ?

 

GENEVIEVE

Il sera pendu demain. C’est le noir. Celui qui n’a rien fait.

Le colonel dit que, dans l’armée américaine, ils pratiquent la ségrégation raciale. Et que c’est plus facile de… punir un coupable noir que blanc.

 

ANTOINE

Quand je pense qu’ils se prétendent les champions de la démocratie et de la liberté !

 

GENEVIEVE

Et… et pour finir, il m’a demandé de retirer ma plainte au civil ! Il m’a proposé de l’argent.

 

ANTOINE

S’il croit qu’il va t’acheter avec…

 

GENEVIEVE

J’ai accepté.

 

ANTOINE

T’as accepté de l’argent ?

 

GENEVIEVE

Trente mille francs.

 

ANTOINE

Mais t’es… t’es sûre de toi ?

 

10 : 29 : 58                                       GENEVIEVE

Mais … je me suis dis qu’avec trente mille francs… si t’en as assez de la scierie, on… on aurait de quoi se retourner.

 

ANTOINE

Viens, viens là !

Heureusement que je t’ai !

 

KHADIJA

C’est vrai que vous vous êtes battu pour la Sécurité Sociale ?

10 : 30 : 32                                       ANTOINE

Ouais… Enfin, plus ou moins…

 

MÉDECIN 

Vous étiez syndicaliste ?

 

ANTOINE

Oh ! Non… Résistant.

 

MÉDECIN 

Ah d’accord !

Ok on y va ! Vite. On vous emmène à l’hôpital, monsieur !

 

ANTOINE

Mais qu’est-ce que je vais faire à l’hôpital ?

 

MÉDECIN 

On va… on va vous faire quelques examens, puis vous allez pouvoir vous reposer.

 

ANTOINE

Comment on peut laisser des enfants comme ça dehors? Il faut faire quelque chose. Donnez-moi ma veste !

 

MÉDECIN 

Faut plus vous agiter, monsieur. Plus parler. D’accord ?

 

KHADIJA

Vous savez, je suis fière de travailler pour la Sécurité sociale !

 

MÉDECIN 

Excusez-moi, faut plus du tout qu’il parle, d’accord ?

 

KHADIJA
Ça va ?

 

ANTOINE

Ne vous inquiétez pas… Je ne risque rien. J’ai ma carte Vitale.

 

10 : 31 : 44                                       BERIOT

Ah ben, je ne pensais pas que vous rentriez si tôt ! Je vous aurais attendue pour les agapes !

 

LUCIENNE

C’est sans importance. Vous semblez de bonne humeur.

 

BERIOT

J’arrive de chez madame Berthe… Figurez-vous qu’il y a une Américaine à la peau noire, depuis hier ! Noire et douce, comme du velours !

10 : 33 : 02                                       LUCIENNE

Ça ne m’intéresse pas !

 

BERIOT

Je sais, c’est pour ça que j’en parle ! Elle danse divinement… Vous avez déjà vu une femme danser nue ?

Vous voulez un peu de fromage ?

 

LUCIENNE

Non ! Donnez-moi plutôt du vin.

 

BERIOT

Du vin ?? Ah ben alors, mais qu’est-ce qu’il se passe, on fête quelque chose ? Ha ha ha

 

BERIOT

Je devrais aller plus souvent à l’église moi ! Le confessionnal, ça doit être assez commode, pour…

 

LUCIENNE

Vous êtes carrément odieux, aujourd’hui !

 

BERIOT

Ah euh, j’ai un peu bu Lucienne, c’est tout.

Vous savez Lucienne, il suffirait d’un mot de vous… Je pourrais…

 

LUCIENNE

Alors, c’est ça, le vin ?

 

BERIOT

Ben oui !

 

LUCIENNE

C’est bon.

 

BERIOT

Ça dépend.

 

10 : 33 : 19                                       LUCIENNE

J’ai repensé à ce que vous m’avez raconté hier…

 

BERIOT

Ah ! Je vous ai raconté quelque chose hier ? On ne se raconte plus rien !

 

LUCIENNE

Lorsque vous avez tué un Allemand.

 

BERIOT

Ah, oui ! Eh bien ?

10 : 33 : 38                                       LUCIENNE

C’était à Lyon…

 

BERIOT

Oui.

 

LUCIENNE

En novembre 43.

 

BERIOT

Oui.

 

LUCIENNE

Avec Lanzac.

 

BERIOT

Oui, oui, oui !

 

LUCIENNE

Cet Allemand, vous vous souvenez de son visage ?

 

BERIOT

Écoutez, j’ai tiré dans le dos. C’était un dos… allemand, un dos vert-de-gris, quoi ! Pourquoi vous me posez toutes ces questions ?

 

LUCIENNE

Et vous étiez seul ce jour-là, avec Lanzac ?

 

BERIOT

Ah… Vous avez parlé avec Lanzac.

Il m’avait dit qu’il irait brûler un cierge. J’avais oublié.

Je suppose qu’il vous a raconté l’épisode de Lyon. J’ai eu chaud, ce jour-là !

 

LUCIENNE

Est-ce vrai que vous avez tué un Allemand, Jules ?

 

10 : 34 : 33                                       BERIOT

A Lyon ? Oh, j’ai un peu brodé, voilà !

 

LUCIENNE

Ou ailleurs ?

Je sais pas, je me suis dit que vous… vous aviez peut-être voulu faire le beau devant le journaliste… devant moi.

 

BERIOT

« Le beau » ? Mais je ne suis pas beau, Lucienne. N’est-ce pas ?

 

LUCIENNE

Seule la beauté intérieure m’intéresse.

10 : 35 : 01                                       BERIOT

Oui mais c’est de celle-là dont je parle.

 

BERIOT

Oui, Lucienne, j’ai tué un Allemand. Une fois.

Et quand j’y repense…

J’y ai pris beaucoup de plaisir.

Bonne nuit, Lucienne.

 

DANIEL

Rien de spécial ?

 

HORTENSE

Non non. Enfin… je te dirai après.

 

DANIEL

Après quoi ?

 

HORTENSE

T’as faim ?

 

DANIEL

Non, j’ai surtout envie de dormir.

 

HORTENSE

Ça s’est bien passé… le retour de… Tequiero chez Marthe ?

 

DANIEL

Il m’a demandé pourquoi Mamortense était fâchée contre lui et j’ai dit à Marthe que tu étais souffrante. Je pense que la prochaine fois, Tequiero ne viendra pas ici. C’est moi qui irai chez Marthe ! Bon, je passe à la salle d’eau, je vais me coucher. Bonne nuit !

 

HORTENSE

Daniel…

 

10 : 36 : 57                                       DANIEL

Quoi ?

 

HORTENSE

J’ai quelque chose à te dire…

 

DANIEL

Écoute..

 

HORTENSE

Quelque chose de difficile…

 

DANIEL

Je suis fatigué, on parlera demain…

10 : 37 : 08                                       HORTENSE

C’est à propos de Sarah.

 

DANIEL

Je suis sûr que ça peut attendre demain.

 

HORTENSE

Maintenant… Non Daniel ! Elle est morte !

 

DANIEL

T’as lu ça dans les pensées de Tequiero ?

 

HORTENSE

Une femme… une femme est… est venue aujourd’hui et me l’a dit.

 

DANIEL

« Une femme… ». Écoute, Hortense…

 

HORTENSE

Elle s’appelle Rachel… C’est ce qu’elle m’a dit… elle… elle s’appelle Rachel…

 

DANIEL

Rachel comment ?

 

HORTENSE

Je sais pas, je sais plus.

 

DANIEL

Et cette « femme » elle a laissé quelque chose, une… lettre, un message ?

 

10 : 37 : 46                                       HORTENSE

Non ! Non non non non, elle prenait le train. Oui c’est ça, elle prenait le train pour Marseille !

 

DANIEL
Oh mmm

 

HORTENSE
Elles ont été déportées ensemble.

 

                                                         DANIEL

Mais bien sûr… Et où ça ?

 

HORTENSE

Je sais plus ce qu’elle m’a dit… Elle m’a dit un mot comme… un nom comme « Barkenau », « Borkeno »… je sais plus. « Barkenau »…

10 : 38 : 11                                       DANIEL

T’en as pas marre de raconter des fadaises ?

 

HORTENSE

Daniel, je te jure que c’est vrai…

 

DANIEL

Les voisins parlent de toi et d’Heinrich ! Le teinturier fait exprès d’abîmer tes robes ! Tequiero, du haut de ses cinq ans, veut te tuer avec ses petits ciseaux ! Tequiero, qui lit dans tes pensées  pendant que toi, tu envoies des lettres anonymes à tout le monde, y compris à moi ! Et maintenant, « une femme » arrive, du bout du monde pour te dire, à toi, Hortense, que Sarah, la seule femme qui m’aimait vraiment, est morte ! Mais t’en as pas marre ? Moi, j’en ai marre !

 

HORTENSE

Tu veux me faire passer pour folle, hein !

 

DANIEL

Évidemment que t’es folle, Hortense ! Complètement folle ! Jusqu’à aujourd’hui, je pensais que je pouvais le supporter, que je le supporterai, que je te supporterai ! Mais venir me torturer en m’annonçant la mort de Sarah ! En m’inventant une Rachel ! C’est fois, c’est trop ! J’en ai assez Hortense, de ton égoïsme, de ton infantilisme, de.. de tes délires !

 

HORTENSE

Daniel je te promets que c’est vrai…

 

DANIEL

Mais tais-toi !! « Ferme ta gueule ! », comme on dit chez les pauvres ! Ne viens plus jamais prononcer le mot « vrai » devant moi ! Alors que tu ne sais même pas ce que ça veut dire !

 

10 : 39 : 09                                       HORTENSE

Je vais partir..

 

DANIEL

Et ben c’est ça ! Pars ! Pars ! Va à Marseille ! Va à « Borkenau » ! Où tu veux ! Va retrouver Heinrich ! Va au Diable, mais… laisse Sarah en paix ! Laisse-moi en paix !!

 

HORTENSE

C’est vrai. C’est vrai … c’est vrai… c’est vrai … c’est vrai.

 

FRANÇOISE

Madame Larcher ! Françoise Bériot. Je suis contente que vous ayez pu venir…

10 : 39 : 41                                       HORTENSE

Bonjour.

 

FRANÇOISE

Votre mari m’avait dit que vous étiez un petit peu souffrante.

 

HORTENSE

Ah bon, il a dit ça ? Au fond, Daniel est un comique qui s’ignore !

 

FRANÇOISE

On est en train de finir l’accrochage ! Mais vous avez apporté un autre tableau ?

 

HORTENSE

Oui… C’est mon dernier…

 

FRANÇOISE

Ah, formidable ! C’est fascinant, ces autoportraits sur plusieurs décennies…

 

HORTENSE

Oui mais là, ce n’est pas un autoportrait.

 

FRANÇOISE

Ah bon ?

 

HORTENSE

Non.

 

FRANÇOISE

Vous m’intriguez ! Je peux ?

 

HORTENSE

Oui.

 

10 : 40 : 39                                       FRANÇOISE

Ah oui ! Il est très… très… très.. très différent des autres.

 

HORTENSE

Alors où est-ce qu’on pourrait l’accrocher ?

Là, peut être …

Non …Non… Là…


DANIEL

Vous avez vu Madame ce matin ?

 

SOLANGE

Ah non ! Je n’ai entendu aucun bruit, ni dans sa chambre, ni dans la salle d’eau.

10 : 42 : 09                                      DANIEL

Solange, je suis désolé, mais je ne vais pas pouvoir vous garder.

Même six heures par semaine, je ne parviendrai pas à vous payer.

 

SOLANGE

Oh, docteur ! La chance va tourner ! Je peux attendre un peu. Comme maintenant Mathieu touche sa pension !

 

DANIEL

Vous êtes gentille…

 

SOLANGE

L’année dernière, vous m’avez presque sauvé la vie, docteur ! Ça s’oublie pas, vous savez !

 

DANIEL

Larcher…

 

VOIX DE LORIOT

Commissaire Loriot. J’ai pas de bonnes nouvelles, docteur. Votre épouse…

 

DANIEL

Oui ?

 

VOIX DE LORIOT

La patrouille de nuit l’a interpellée sur le quai de la gare… Elle parlait aux gens. Enfin, je suis désolé de vous dire ça, mais elle était complètement nue.

D’après les témoins, elle n’avait pas d’argent pour prendre un billet.

 

10 : 43 : 02                                      LORIOT

Alors… Elle s’est déshabillée devant tout le monde… En criant à la cantonade que… que les gens devaient voir la vérité toute nue.

Le procureur a dit qu’il ne poursuivra pas. Mais enfin bon…

Faudrait pas que ça se reproduise monsieur Larcher, vous comprenez ?

 

DANIEL

Ne vous inquiétez pas, je vais m’occuper d’elle…

 

LORIOT
Oui mais il y avait des enfants à la gare.

10 : 43 : 36                                      DANIEL

Hortense…

Hortense, tu viens ?

 

HORTENSE

Non.

 

DANIEL

Mais tu ne vas pas rester là.

 

HORTENSE

Si. Je vais bien, je me sens chez moi.

 

DANIEL

T’as pas de vêtement !

 

HORTENSE

J’ai ma couverture.

 

DANIEL

Mais tu ne peux pas rester là, voyons !

 

HORTENSE

J’ai pas envie de venir avec toi.

 

DANIEL

Écoute, euh… Excuse-moi pour hier. Mes mots ont dépassé ma pensée.

 

HORTENSE

Tu penses que je suis folle, oui ou non ?

 

DANIEL

Je pense que… les événements de l’année dernière t’ont perturbée. Et qu’il faut que tu voies quelqu’un.

 

HORTENSE

Quelqu’un ?

 

10 : 44 : 52                                      DANIEL

Un médecin.

 

HORTENSE

Non, non. J’aime pas les médecins. Moi j’aime pas les médecins !

 

DANIEL

Mais pas un médecin comme moi ! Un vrai… comme tu dirais.

 

HORTENSE

De toute façon ça servira à quoi ?

10 : 45 : 14                                      DANIEL

Il te donnerait des médicaments qui te feront aller mieux.

 

HORTENSE

C’est vrai ?

 

DANIEL

Je te le garantis. Il y a des spécialistes des troubles de l’humeur. Et ils obtiennent des résultats.

Je m’en veux de ne pas avoir compris que ton état était aussi sérieux.

 

HORTENSE

Tu sais, que c’était vrai pour Sarah. J’ai pas menti c’était vrai.

 

DANIEL

Écoute, ne parlons pas de ça maintenant.

Allez viens… Rentrons à la maison.

 

RAYMOND

Dites donc vous arrivez bien tôt, vous êtes toute seule !

 

AMELIE

Aujourd’hui, c’est moi qui fait le café…

 

RAYMOND

Ah !

 

AMELIE
… e
t la soupe.

 

RAYMOND

Pour les grévistes ?

 

AMELIE

Vous nous en voulez ?

 

10 : 46 : 48                                      RAYMOND

Pas du tout. La grève est un droit.

 

AMELIE

C’est pas une réponse ça.

 

RAYMOND

Moi j’aime les difficultés depuis toujours. J’adore ça !

 

                                                         AMELIE

C’est pour ça que vous vous présentez à la mairie ?

 

RAYMOND

Entre autre.

10 : 47 : 01                                      AMELIE

Ne le prenez pas mal, monsieur Schwartz, mais la mairie c’est pas un boulot pour vous.

 

RAYMOND

Ah ! Et pourquoi ça ?

 

AMELIE

J’ai travaillé à la préfecture du temps de ce pauvre monsieur Servier. Je connais ce milieu, c’est pas pour vous. Vous vous avez besoin de fantaisie, vous, de… de liberté !

 

RAYMOND

C’est Edmond Lherbier qui vous envoie pour me démoraliser, c’est ça ?

 

RAYMOND

Attendez, je vais vous aider…

 

RAYMOND

Vous avez mal ?

 

AMELIE

C’est rien, je suis tombée.

 

RAYMOND

Euh… Bon. Et voilà…

Je vais par où ?

 

AMELIE

C’est par là.

 

RAYMOND

C’est parti !

 

10 : 47 : 44                                      LE CURÉ

Ça alors ! C’est incroyable ! Vous avez fait disparaître en une semaine, cent cinquante ans de saletés.

 

LUCIENNE

Oh, c’est rien ça.

 

LE CURÉ

Vous êtes trop modeste. Trop modeste pour être honnête!

 

LE CURÉ

Installez-vous.
Madame Sidier est là pour sa confession du jeudi, le devoir m’appelle !

10 : 48 : 10                                      LUCIENNE

Mon père, je…

 

LE CURÉ

Oui ?

 

LUCIENNE

J’ai… une marmite en fonte à la maison… que je rêve de récupérer depuis des mois. Ça ne vous dérange pas ?

 

LE CURÉ

Vous plaisantez ? C’est un… salaire dérisoire pour un travail colossal !

 

GENEVIEVE

Ce qu’il y a, c’est qu’on ne peut pas faire à la fois le lait et la viande. Mamé disait que si on faisait les deux, on avait plus de vie !

 

ANTOINE

Et qu’est-ce que tu préfères ?

 

GENEVIEVE

Le lait ! Élever des bêtes et puis les tuer, je sais pas…

 

ANTOINE

Ben… fais du lait !

 

GENEVIEVE

Je ne peux pas le faire toute seule !

 

ANSELME

Y a quelqu’un ?

 

ANTOINE

Ben, entre !

 

10 : 49 : 23                                      ANSELME

Salut.

 

ANTOINE

Ça va ?

 

ANSELME

Je passais dans le coin, je me suis dit, tiens, je vais passer voir Antoine. Comme t’es pas à l’usine.

Ça va toi ?

 

ANTOINE

Ouais. Avec la grève, Raymond m’a donné ma journée.

10 : 49 : 33                                      GENEVIEVE

Tu veux de la soupe ?

 

ANSELME

Ah, c’est pas de refus !

 

ANTOINE

Alors ? Vous en êtes où ?

 

ANSELME

Ben toujours en grève !

 

ANTOINE

Et vous demandez quoi ?

 

ANSELME

On parle à bâtons rompus, là, hein ? Rien d’officiel !

 

ANTOINE

Si tu voulais de l’officiel, tu ne serais pas venu jusqu’ici !

 

ANSELME

Ça me faisait plaisir de revoir la ferme ! J’étais bien ici.

Hmm… Elle est bonne hein ! Pas du tout acide.

 

GENEVIEVE

Pourtant, c’est la recette de Mamé.

 

ANSELME

Alors, on veut une augmentation de 20%, du tarif de base. Une baisse de productivité de 10%. Quatre embauches chez les gars et deux chez les filles…

 

10 : 50 : 31                                      ANTOINE

Anselme, si vous demandez trop, vous aurez rien ! A part les CRS !

 

ANSELME

C’est une menace ?

 

ANTOINE

Non ! C’est juste la réalité de la situation.

 

ANSELME

Moi, je prends ça pour une menace. Alors, tu diras à la mère Chassagne qu’on a saisi son stock de traverses. Et on va le bloquer jusqu’à ce qu’il y ait un accord.

 

ANTOINE
D’accord.

 

10 : 52 : 00                                                                                         FIN DE L’ÉPISODE